Note stratégique · 1 septembre 2026
Note stratégique pour une sortie de crise juste et durable en République démocratique du Congo
Depuis trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de conflits armés chroniques ayant causé la mort de plus de six millions de personnes. Cette guerre, la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale, est alimentée par une combinaison de facteurs sécuritaires, politiques et économiques, notamment la compétition régionale et internationale pour le contrôle des ressources minières stratégiques.

Document de référence
Résumé exécutif
Depuis trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre de conflits armés chroniques ayant causé la mort de plus de six millions de personnes. Cette guerre, la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale, est alimentée par une combinaison de facteurs sécuritaires, politiques et économiques, notamment la compétition régionale et internationale pour le contrôle des ressources minières stratégiques.
Depuis 1996, les agressions multirécidivistes et les velléités expansionnistes des voisins orientaux du pays, plus particulièrement les régimes de Kigali et de Kampala recourant à ses satellites successifs destinés à donner un visage congolais à des conflits armés internationaux (AFDL, RCD, MLC, UPC, CNDP, M23, CRP, etc.), ont profondément déstabilisé la région Est du Congo.
L’activisme de plusieurs dizaines de groupes armés congolais et étrangers, y compris les ADF, Red Tabara, la CODECO et les FDLR, a provoqué une catastrophe humanitaire et des violations massives des droits humains et du droit international humanitaire dans un climat d’impunité généralisé.
L’effet majeur de ces guerres à répétition est l’instauration d’un « chaos organisé » afin de s’approprier les riches ressources minières du sous-sol congolais, qui sont indispensables entre autres à la révolution numérique, à l’industrie de la défense et à la transition énergétique dite « verte », mais en réalité rouge du sang des femmes et des enfants congolais.
L’économie politique de la violence armée est indissociable de la prédation extractiviste de type néocolonial, amplifiée par la globalisation économique, qui réduit la vie et la dignité des Congolaises et des Congolais à une variable d’ajustement.
La résurgence du mouvement armé M23 en 2021, soutenu par le Rwanda, a provoqué une escalade majeure du conflit, culminant en 2025 avec la prise de contrôle des villes stratégiques de Goma et Bukavu. Cette montée en puissance n’aurait pas été possible sans l’appui militaire décisif de Kigali et l’impuissance voire la faillite de l’État congolais qui a favorisé la persistance et la prolifération des groupes armés, mettant gravement en danger la sécurité et la protection des populations civiles.
Malgré plusieurs initiatives diplomatiques, la communauté internationale n’a pas réussi à mettre fin aux hostilités. L’absence de mesures coercitives et la multiplication d’initiatives fragmentées ont favorisé un pourrissement de la situation et une stratégie du fait accompli. Il faut tirer les leçons de ces échecs.
Une sortie durable et juste de la crise nécessite une approche globale combinant pression diplomatique, retour de la sécurité, justice internationale, amélioration de la gouvernance et transformation des chaînes économiques liées aux minerais critiques.
Diagnostic stratégique du conflit
Une guerre profondément internationalisée
Le conflit armé dans l’Est de la RDC ne peut être réduit à une simple crise interne. Il s’agit d’une guerre largement internationalisée impliquant plusieurs acteurs étatiques et non étatiques, congolais et étrangers.
Dans la foulée de l’adhésion de la RDC à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), le Président Tshisekedi a noué des partenariats militaires bilatéraux avec l’Ouganda et le Burundi et s’est engagé successivement à faire intervenir des forces régionales de l’EAC puis de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Cette diplomatie régionale a entrainé une sur-militarisation inquiétante de la région par diverses armées étrangères bien plus motivées par des intérêts géostratégiques et commerciaux que par le souci de protéger les civils et d’éliminer la capacité de nuisance des groupes armés rebelles.
Enfin, divers groupes armés étrangers actifs, dont la LRA, les ADF, les FDLR et les Red Tabara, ainsi que des mercenaires de l’ancienne légion française de nationalité roumaine et ceux d’Erik Prince, très actifs à Kisangani, sur l’axe Kisangani-Walikale et à Kalemie, participent aussi à cette internationalisation du conflit.
La politique du gouvernement congolais d’externaliser la sécurité du pays a largement contribué à la résurgence du M23 et à la énième agression rwandaise, qui se poursuit jusqu’à ce jour.
Depuis 2022, les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations Unies ont documenté l’implication directe des Forces de défense rwandaises (RDF) dans le soutien au groupe armé M23, notamment par la fourniture d’armes sophistiquées et le déploiement de troupes sur le territoire congolais.
La mise en place d’administrations parallèles par la coalition RDF/M23 et l’Alliance Fleuve Congo (AFC) leur bras politique, dans les zones occupées au Nord et au Sud Kivu traduit une stratégie d’implantation visant à transformer une victoire militaire en contrôle politique et économique durable.
Alors que la souveraineté de la RDC est sérieusement menacée, la Nation est confrontée à un danger existentiel et le risque d’implosion ou de balkanisation ne peut plus être écarté. En effet, cette guerre d’agression et d’occupation d’une partie du Kivu par le régime de Kigali et ses supplétifs, en violation grave de la Charte des Nations Unies et de la souveraineté de la RDC, prend le visage d’une annexion de fait.
Diagnostic stratégique du conflit
Une économie de guerre basée sur les minerais stratégiques
La RDC se trouve au cœur des rivalités entre les grandes puissances pour le contrôle des minerais stratégiques, avec comme acteurs principaux d’une part les USA qui ont investi, avec l’Union Européenne, dans le corridor de Lobito, et privilégient une approche transactionnelle « minerais contre sécurité » comprenant notamment la mine de Rubaya et d’autre part la Chine, qui a la mainmise sur le corridor de Dar es Salam et contrôle 75% des minerais du Katanga.
Les dynamiques de violence dans la région orientale du pays sont étroitement liées à l’exploitation illégale et au commerce illicite de minerais stratégiques, notamment : l’or et les « 3Ts » la cassitérite (étain), le coltan (tantale), la wolframite (tungstène). Ces ressources sont essentielles aux industries numériques, militaires et énergétiques mondiales.
Les zones minières du Nord et du Sud Kivu demeurent intégrées dans des réseaux transnationaux de contrebande et de blanchiment des minerais, utilisant le Rwanda et les autres pays limitrophes comme plateforme d’exportation vers les marchés internationaux. Cette économie de guerre mine sérieusement l’intégrité des chaines d’approvisionnement et finance les groupes armés, perpétuant l’instabilité depuis trois décennies.
En outre, il ne faut pas sous-estimer l’importance des autres ressources naturelles. Le trafic illicite des espèces animales, du bois d’œuvre, du cacao ou encore du café provenant de la RDC alimentent largement le marché régional par le truchement de groupes armés, notamment les ADF.
Diagnostic stratégique du conflit
Une crise humanitaire et des droits humains majeure
Les conséquences humanitaires sont catastrophiques :
- Environ 12 millions de personnes vivent dans des zones occupées par l’agresseur — et aujourd’hui coupées du monde (sans banque, sans aéroports, sans liberté d’aller et de venir et les routes vers l’intérieur du pays bloquées par les fronts militaires)
- Un quart de la population congolaise est exposée à l’insécurité alimentaire
- Des millions de déplacés internes survivent dans des conditions inhumaines
Cette crise est exacerbée par l’inaction de la communauté internationale : selon le classement annuel du Conseil Norvégien pour les Réfugiés pour 2025, la RDC figure à la 2e place de la négligence internationale en raison du manque d’attention des médias, du déficit de mobilisation diplomatique et de la faiblesse des engagements des donateurs.
C’est dans ce contexte que la Nation congolaise est confrontée à sa 17e épidémie d’Ebola, qui s’est déclarée en mai 2026. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il s’agit d’une urgence de santé publique de portée internationale, mais 3 mois après son apparition, l’épidémie n’est pas sous contrôle, son extension n’est pas contenue et sa propagation évolue à une vitesse que le Pr. Jean-Jacques Myembe, éminent virologue congolais et codécouvreur du virus en 1976, n’avait encore jamais observé.
En outre, la situation des droits humains a atteint un niveau de gravité exceptionnelle :
- Massacres de civils et exécutions sommaires massives
- Recours systématique aux violences sexuelles, avec 220.000 cas de violences sexuelles et basées sur le genre en 2025 selon OCHA
- Recrutements forcés et utilisation d’enfants-soldats
Ces crimes s’inscrivent dans un contexte d’impunité quasi totale depuis trente ans.
Enfin, la destruction des infrastructures sociales de base limite gravement l’accès aux soins de santé et à l’éducation, à l’eau potable et à l’énergie, rendant la crise multidimensionnelle encore plus dramatique.
Limites des initiatives diplomatiques existantes
Malgré divers accords de paix depuis plus d’un quart de siècle, de Sun City à Lusaka en passant par Addis-Abeba et Nairobi, et la présence d’une importante mission de maintien de la paix déployée depuis plus de 25 ans, la guerre n’a jamais cessé.
La RDC n’a pas été réellement pacifiée sur l’ensemble de son territoire et la violence armée se poursuit dans cinq Provinces. Cette situation est en grande partie due au fait que les différentes tentatives de solutions politiques et les accords de paix ont systématiquement sacrifié la justice sur l’autel de la paix.
Naviguant de crise en crise, politiciens et médiateurs ont cédé à la tentation de brader la justice en échange de promesses de résolution de conflit, négligeant de traiter les causes profondes de la violence et privilégiant la recherche d’une stabilité à court terme au lieu de construire une paix juste et durable. En fin de compte, les droits des Congolaises et des Congolais à la paix et à la justice n’ont jamais été réalisés.
Depuis 2022, plusieurs initiatives diplomatiques ont été lancées. Divers processus de paix, de Nairobi à Luanda en passant par Washington et Doha, se sont succédés, se chevauchant parfois, mais ne sont pas parvenus à des résultats concrets.
A ce jour, tous ces processus ont en commun d’avoir échoué. Aucune désescalade significative n’est observée sur le terrain.
Les principales faiblesses de ces initiatives sont :
- Déficit d’inclusion, de transparence et de mesures de justice
- Absence de mécanismes contraignants
- Manque de coordination internationale
- Absence de sanctions crédibles contre les violations du droit international
- Absence d’approche régionale et globale intégrant les dimensions économiques du conflit.
Face à ces défis, nous actons les efforts du panel de facilitateurs de l’Union Africaine qui, lors de la réunion de haut niveau qui s’est tenue à Gaborone au Botswana en juillet dernier, a adopté une feuille de route de six mois et un plan d’action opérationnel destinés à faire avancer le processus de paix et à renforcer la coordination avec les processus de Washington et de Doha
Il y a urgence à agir et à mettre fin aux souffrances de la population congolaise qui n’a que trop duré.
Principes directeurs pour une sortie de crise
Pour sortir de l’impasse, le temps est venu d’agir et de rationaliser les efforts actuels en mobilisant une coordination multilatérale, en mettant en œuvre les règles de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE) sur l’approvisionnement responsable des minerais stratégiques et en mobilisant une action diplomatique forte.
A l’instar du train de sanctions imposées récemment par le Département du Trésor des États-Unis contre l’armée rwandaise ainsi qu’à l’encontre de quatre officiers et de la raffinerie d’or Gasabo, basée du Rwanda, déjà sanctionnée en 2025 par l’Union Européenne, la communauté des États doit exercer une pression croissante sur les acteurs de la déstabilisation et utiliser tous les leviers à sa disposition pour contribuer à l’isolement diplomatique, politique et économique du régime agresseur de Kigali.
Le principe de subsidiarité ou de résolution régionale des conflits, qui appelle à trouver des solutions africaines à des problèmes africains, a atteint ses limites, d’autant plus que le conflit armé et les crimes commis ont un caractère international et que les enjeux du contrôle des minerais critiques de la RDC sont d’ordre global.
Toute stratégie de paix juste et durable doit reposer sur des principes fondamentaux :
- Respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC
- Approche régionale et internationale coordonnée
- Redevabilité des acteurs impliqués dans les crimes internationaux
- Transformation des structures économiques qui alimentent la guerre
- Participation inclusive des acteurs congolais
- Amélioration de la gouvernance
Priorités stratégiques
Application stricte de la résolution 2773 du Conseil de sécurité
La priorité immédiate doit être l’application intégrale de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige :
- Un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel
- Le retrait immédiat des forces rwandaises du territoire congolais et du soutien au M23
- Le démantèlement des administrations parallèles dans les zones occupées.
Afin d’assurer sa mise en œuvre, le Conseil de sécurité devrait envisager :
- Des sanctions ciblées contre les responsables politiques et militaires impliqués
- Un renforcement des mécanismes de surveillance pour un cessez-le-feu effectif
- L’inclusion dans le prochain mandat de la MONUSCO du soutien à la mise en place et à l’opérationnalisation d’un Tribunal pénal spécial pour le Congo (TPS) et de chambres spécialisées mixtes.
Priorités stratégiques
Organisation d’une conférence internationale pour la paix dans la région des Grands Lacs
Face à l’impasse des initiatives actuelles et à la gravité des violations systématiques du droit international et des droits humains, la situation qui prévaut en RDC demeure depuis 30 ans une menace à la paix et à la sécurité régionales et internationales.
Vu la souffrance immense de la population et face aux rivalités géostratégiques grandissantes, notamment entre les Etats-Unis et la Chine, une conférence internationale devrait être organisée pour rassembler tous les acteurs impliqués, galvaniser une volonté politique forte pour traiter les causes profondes de l’instabilité et mettre fin aux cycles de violences récurrents en redynamisant l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération.
Cette conférence réunirait :
- Les États signataires
- Les garants : les organisations régionales africaines (Union africaine, Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et Communauté de développement de l’Afrique australe)
- Les Nations Unies, y compris l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs
- Les partenaires internationaux, y compris la Banque Mondiale, l’Union Européenne et le Groupe de Contact International pour la Région des Grands Lacs
- La société civile, y compris les organisations de femmes et de jeunes et les confessions religieuses
- Le secteur privé, afin de favoriser une approche « Business for Peace »
Les investisseurs et les acteurs économiques, y compris les entreprises minières congolaises et internationales, devront être associés aux négociations, afin que leurs intérêts contribuent à la stabilisation et à l’état de droit en RDC.
L’objectif de la Conférence serait d’élaborer une feuille de route globale pour une sortie de crise juste et durable avec des engagements clairs de toutes les parties, un calendrier et des mécanismes de suivi contraignants, au niveau tant national que régional et international.
L’initiative de cette Conférence de haut niveau devrait venir d’un État neutre, non limitrophe de la RDC, en accord avec le gouvernement congolais et avec le soutien des garants de l’Accord-Cadre.
Priorités stratégiques
Dialogue national en RDC et réforme de la gouvernance
Un dialogue national, dont le format, les contours et les objectifs doivent être clairement établis, pourrait contribuer à renforcer la cohésion sociale, politique et institutionnelle, en s’inspirant du « Pacte Social pour la Paix et Bien-Vivre Ensemble en RDC et dans les Grands Lacs » initié par la Conférence épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC).
La stabilisation du pays nécessite également des réformes internes, notamment :
- Promotion du vivre-ensemble
- Lutte contre la corruption
- Réforme du secteur de la sécurité
- Réforme du système judiciaire
- Amélioration de la gouvernance économique
Nous avons pris connaissance de l’allocution prononcée le 27 août 2026 par le Président Tshisekedi annonçant un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État et regrettons que l’initiative ne vienne pas d’un acteur neutre et ne soit pas accompagnée au préalable par des mesures de décrispations politiques pour apaiser les tensions. De plus, pour être véritablement national, ce dialogue devrait se dérouler une fois que la souveraineté de l’État sera rétablie sur l’ensemble du territoire national.
En outre, alors que le pays se trouve en état de guerre, que l’état de siège est instauré dans les Provinces orientales et que l’épidémie d’Ebola, devenue en moins de 100 jours la plus meurtrière de l’histoire de la RDC, est une urgence de santé publique de portée internationale, nous exhortons le régime en place à ne pas modifier le contrat social et à reporter le débat sur la révision constitutionnelle, conformément aux articles 219 et 220 de la Constitution de la RDC, afin d’éviter une nouvelle période d’instabilité institutionnelle qui risquerait d’enfoncer la Nation dans une crise politique sérieuse et des tensions qui mettront en péril la cohésion sociale.
Priorités stratégiques
Justice transitionnelle et lutte contre l’impunité
La culture de l’impunité représente un obstacle majeur à la paix et explique en grande partie la répétition des conflits et des atrocités de masse. Il n’y aura pas de paix sans justice pour les millions de victimes de ces 3 dernières décennies.
Ainsi, nous appelons :
- La communauté des États à coopérer pleinement avec la Commission d’enquête indépendante sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, mandatée par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en date du 7 février 2025 par sa résolution S-37/1.
- Les États à appliquer le principe de compétence universelle pour les crimes les plus graves commis en RDC, à l’instar de l’affaire Roger Lumbala, condamné par la Cour d’Assises de Paris le 15 décembre 2025.
- Le bureau du Procureur de la CPI à poursuivre ses enquêtes en RDC
- Le gouvernement congolais à adopter et à mettre en œuvre une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle, avec l’appui des Nations Unies et des partenaires internationaux.
Les mécanismes de justice transitionnelle devraient inclure :
- Des poursuites judiciaires, nationales et internationales
- La recherche de la vérité
- Des programmes de réparation pour les victimes et les communautés martyres
- Des réformes institutionnelles pour garantir la non-répétition.
Un Tribunal spécial pour le Congo pourrait constituer une réponse adaptée à la dimension internationale des conflits et des crimes commis, afin de briser le cycle infernal de la violence et de l’impunité
Il y a urgence à établir les liens étroits entre la prévention des conflits, la justice transitionnelle, l’instauration de l’état de droit et la consolidation de la paix.
Priorités stratégiques
Réforme des chaînes d’approvisionnement et de transformation des minerais stratégiques ou critiques
Une paix durable ne pourra être atteinte sans transformer les structures économiques qui alimentent la guerre.
Il est nécessaire de mettre en place :
- Un système international renforcé de traçabilité des minerais
- Des obligations de transparence pour les entreprises
- Des mécanismes de responsabilité pour les sociétés impliquées dans l’exploitation illégale
- Une transformation locale pour la valeur ajoutée en vue de créer la richesse localement et générer des emplois qui permettent d’insérer la jeunesse dans le marché du travail au lieu de les acculer à rejoindre les groupes armés ou les circuits mafieux.
Ces mesures doivent viser à rompre les liens entre les groupes armés, les réseaux de contrebande et les chaînes d’approvisionnement mondiales, dont l’intégrité est sérieusement compromise, comme l’indique le récent rapport de Global Witness.
En complément, il serait important d’inclure des réformes structurelles afin de corriger les incitations économiques qui alimentent l’exploitation illégale.
Cela pourrait notamment inclure :
- Une harmonisation régionale des régimes fiscaux et des taxes minières, afin de réduire les arbitrages fiscaux et les flux de contrebande entre pays voisins
- Le financement durable de mécanismes de traçabilité crédibles, indépendants des acteurs directement impliqués dans les conflits et intégrant la participation effective des communautés locales et des coopératives minières
- L’intégration de principes de justice économique et de responsabilité sociale dans la gouvernance des minerais critiques, afin que la transition énergétique mondiale ne reproduise pas des dynamiques extractivistes qui marginalisent les populations locales.
Conclusion
L’ampleur et la gravité de la crise dans l’Est de la RDC constitue l’un des plus grands échecs collectifs de la communauté internationale des temps modernes.
Pourtant, la responsabilité de la crise multidimensionnelle de ces 30 dernières années incombe aussi bien aux acteurs externes qu’à la mauvaise gouvernance. Les solutions existent : il est temps que l’autorité de l’État soit déployée sur l’entièreté du territoire congolais, que les Congolaises et les Congolais ne soient plus la variable d’ajustement des rivalités géopolitiques et que la communauté internationale mobilise tous les moyens à sa disposition pour tourner cette page tragique de l’histoire de l’Afrique et de l’humanité.
Une stratégie coordonnée combinant pression diplomatique, justice internationale, intégrité des chaines d’approvisionnements internationales en minerais stratégiques, bonne gouvernance et engagement international pourrait permettre d’avancer vers une sortie de crise juste et durable.
La paix en RDC est non seulement une nécessité pour les millions de Congolaises et de Congolais affectés par le conflit, mais également un enjeu majeur pour l’économie mondiale, la stabilité de la région des Grands Lacs et la crédibilité de l’ordre international fondé sur le droit.
Sources
- 01Conseil Norvégien pour les Réfugiés, classement des crises de déplacement les plus négligées, 2025
- 02Le Monde, 11 août 2026 — « Ebola se propage à une vitesse que nous n’avions encore jamais observée » : l’alerte de Jean-Jacques Muyembe
- 03HCDH, communiqué du 20 juin 2026 — une commission des Nations Unies met en garde contre une situation des droits humains d’une gravité exceptionnelle
- 04OCHA, République démocratique du Congo : chiffres clés humanitaires au 31 décembre 2025
- 05Union Africaine — « One Peace Plan Instead of Many: AU Tries New Strategy for Eastern DRC », 4 août 2026
- 06Département du Trésor des États-Unis, communiqué du 25 juin 2026
- 07Résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, adoptée le 21 février 2025
- 08Accord-Cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération
- 09CENCO et ECC — Guide du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble
- 10Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme sur la RDC — mandat et composition
- 11Fondation Panzi — « Plaidoyer pour l’adoption d’une stratégie nationale holistique de justice transitionnelle en RDC », juin 2021
- 12Global Witness — « Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda ? », juin 2026
- 13Fondation Panzi — « Au-delà de la conformité : une approche de la gouvernance minière axée sur la justice », septembre 2026